{"id":1648,"date":"2026-07-15T13:59:25","date_gmt":"2026-07-15T11:59:25","guid":{"rendered":"https:\/\/ipora.africa\/news\/insight\/the-dual-burden-of-environmental-public-policy\/"},"modified":"2026-09-30T13:51:14","modified_gmt":"2026-09-30T11:51:14","slug":"the-dual-burden-of-environmental-public-policy","status":"publish","type":"insight","link":"https:\/\/ipora.africa\/fr\/news\/insight\/the-dual-burden-of-environmental-public-policy\/","title":{"rendered":"Le double fardeau des politiques publiques environnementales"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Message cl\u00e9 \u2014 Les politiques environnementales ne peuvent se limiter \u00e0 prot\u00e9ger la nature contre les pratiques des populations locales. Elles doivent reconna\u00eetre que ces populations disposent d\u2019une autre mani\u00e8re, tout aussi l\u00e9gitime, d\u2019\u00e9valuer leur environnement, fond\u00e9e sur leurs besoins quotidiens, leur m\u00e9moire des lieux et leur sentiment d\u2019appartenance. La protection de la biodiversit\u00e9 appelle donc moins de \u00ab p\u00e9dagogie \u00bb que de co-construction : les objectifs \u00e9cologiques doivent aller de pair avec une am\u00e9lioration substantielle des conditions de vie. Autrement dit, une politique environnementale efficace doit \u00e9galement \u00eatre une politique sociale r\u00e9ussie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le cadre d\u2019un projet IPORA[1], nous avons men\u00e9 une enqu\u00eate de terrain dans le Parc national de Kh\u00e9nifra, situ\u00e9 dans la r\u00e9gion B\u00e9ni Mellal-Kh\u00e9nifra. Cr\u00e9\u00e9 en 2008, le parc s\u2019\u00e9tend sur 202 700 hectares et fait partie de la R\u00e9serve de biosph\u00e8re de la C\u00e9draie de l\u2019Atlas. Il vise \u00e0 pr\u00e9server la faune, la flore et plusieurs esp\u00e8ces end\u00e9miques, notamment le macaque de Barbarie, \u00e9galement appel\u00e9 magot, tout en favorisant l\u2019\u00e9cotourisme, le reboisement et les activit\u00e9s g\u00e9n\u00e9ratrices de revenus pour les habitants. Il s\u2019agit de politiques publiques qui s\u2019adressent \u00e0 deux cat\u00e9gories de destinataires : (a) les esp\u00e8ces vivantes et, plus largement, un \u00e9cosyst\u00e8me, et (b) les personnes qui y vivent. Cela introduit n\u00e9cessairement un certain degr\u00e9 de complexit\u00e9, puisque les politiques publiques ne sont plus uniquement centr\u00e9es sur les int\u00e9r\u00eats des usagers, c\u2019est-\u00e0-dire des habitants actuels du parc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au contraire, les politiques mises en \u0153uvre dans le parc national cherchent \u00e0 inciter les habitants \u00e0 abandonner certaines pratiques consid\u00e9r\u00e9es comme pr\u00e9datrices, telles que l\u2019exploitation foresti\u00e8re ill\u00e9gale ou le braconnage. Autour du lac Aguelmame, les anciennes cabanes construites par les habitants pour accueillir les visiteurs ont ainsi \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites et remplac\u00e9es par une plateforme am\u00e9nag\u00e9e, situ\u00e9e en retrait du lac et reli\u00e9e \u00e0 une aire de stationnement. Plus de quarante familles b\u00e9n\u00e9ficient de cet am\u00e9nagement, mais celui-ci est jug\u00e9 moins rentable que les installations pr\u00e9c\u00e9dentes, qui \u00e9taient plus proches du lac, plus pratiques et plus agr\u00e9ables pour les visiteurs. La question se pose naturellement de savoir comment concilier les int\u00e9r\u00eats impersonnels de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me avec les int\u00e9r\u00eats personnels des habitants du parc. Mais cette question est peut-\u00eatre trop \u00e9troite : l\u2019enjeu semble plut\u00f4t \u00eatre de savoir comment prendre en compte diff\u00e9rentes perceptions des ressources d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me, fond\u00e9es sur des exp\u00e9riences et des besoins diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les premiers r\u00e9sultats de l\u2019enqu\u00eate<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019enqu\u00eate, toujours en cours et fond\u00e9e sur une trentaine d\u2019entretiens ainsi que sur plusieurs s\u00e9quences d\u2019observation participante, montre que les habitants ne per\u00e7oivent pas leur pr\u00e9sence dans le parc de la m\u00eame mani\u00e8re que les autorit\u00e9s ou les organisations de protection de la nature. Ils reconnaissent certes certaines r\u00e9alisations mat\u00e9rielles, telles que les am\u00e9nagements, les voies d\u2019acc\u00e8s et les espaces d\u2019accueil. Mais ils soulignent \u00e9galement des promesses non tenues, notamment leur relogement dans un village permanent \u00e0 proximit\u00e9 de la plateforme de restauration, ainsi que l\u2019installation de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Surtout, les entretiens ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une profonde divergence concernant l\u2019\u00e9tat de la c\u00e9draie et les priorit\u00e9s environnementales. Alors que les autorit\u00e9s du parc et les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile consid\u00e8rent que la for\u00eat se d\u00e9grade, les habitants estiment qu\u2019elle demeure dense et que de nouveaux c\u00e8dres poussent. Cette diff\u00e9rence ne tient pas \u00e0 une incapacit\u00e9 \u00e0 \u00e9valuer l\u2019environnement : au contraire, les habitants sont tr\u00e8s attentifs \u00e0 la s\u00e9cheresse, qui affecte les troupeaux, l\u2019\u00e9levage et jusqu\u2019\u00e0 la possibilit\u00e9 de garder des \u00e2nes. Elle r\u00e9sulte plut\u00f4t de crit\u00e8res d\u2019\u00e9valuation diff\u00e9rents. Les autorit\u00e9s raisonnent en termes de biodiversit\u00e9, de biomasse et de long terme ; les habitants \u00e9valuent les ressources en fonction des besoins quotidiens, du budget des m\u00e9nages et de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration visible de la for\u00eat. La m\u00eame divergence appara\u00eet concernant la protection des esp\u00e8ces end\u00e9miques, parfois invisibles \u00e0 l\u2019\u0153il nu. Pour les autorit\u00e9s et les ONG, l\u2019objectif est de pr\u00e9server des habitats fragiles ; pour les habitants, l\u2019enjeu est de pr\u00e9server leurs droits d\u2019acc\u00e8s aux sources, aux cours d\u2019eau et aux terres n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019\u00e9levage. Ils ne rejettent donc pas n\u00e9cessairement l\u2019environnement, mais l\u2019interpr\u00e8tent \u00e0 partir d\u2019un autre cadre de r\u00e9f\u00e9rence. Enfin, les habitants consid\u00e8rent clairement qu\u2019ils sont \u00ab chez eux \u00bb. Ils ne se voient pas simplement comme une population vivant dans une zone administrative prot\u00e9g\u00e9e, mais comme les membres d\u2019une communaut\u00e9 pour laquelle cet espace constitue depuis des temps imm\u00e9moriaux un lieu d\u2019appartenance. Les ressources du parc apparaissent d\u00e8s lors moins comme un bien commun abstrait que comme un bien qui leur appartient.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le double fardeau des politiques publiques environnementales<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette situation invite \u00e0 penser les politiques environnementales non comme de simples m\u00e9canismes de protection assortis de mesures de sensibilisation, mais comme des processus de m\u00e9diation et de co-construction avec les populations locales. Tr\u00e8s souvent, les promoteurs des politiques publiques \u2014 notamment, mais pas uniquement, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019acteurs politiques \u2014 consid\u00e8rent qu\u2019ils doivent faire preuve de \u00ab p\u00e9dagogie \u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9gard des populations auxquelles ces politiques s\u2019adressent. Le terme, aussi bien intentionn\u00e9 soit-il, est probl\u00e9matique, car il instaure une relation \u00e9ducative classique entre enseignants et \u00e9l\u00e8ves, les premiers d\u00e9tenant le savoir et instruisant les seconds. La p\u00e9dagogie n\u2019est pas une relation entre \u00e9gaux ; de plus, elle suppose que le cadre de l\u2019apprentissage soit partag\u00e9. Lorsque les pratiques et les int\u00e9r\u00eats divergent, ce n\u2019est pas le cas. Ce qu\u2019il faut, c\u2019est moins de p\u00e9dagogie que d\u2019inclusivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il convient donc d\u2019aller plus loin et, tout en admettant que les points de vue sont l\u00e9gitimement diff\u00e9rents, de se demander comment ils peuvent \u00eatre rapproch\u00e9s. Cela impliquerait de r\u00e9fl\u00e9chir ensemble \u00e0 ce qu\u2019est r\u00e9ellement une c\u00e9draie dense et, peut-\u00eatre, de consulter d\u2019anciennes photographies des lieux pour pouvoir en juger. L\u2019un des effets du changement climatique est qu\u2019il modifie \u00e9galement la m\u00e9moire de l\u2019environnement. Nous pouvons ainsi finir par oublier une partie de ce qui a \u00e9t\u00e9 perdu. Et ce n\u2019est pas tout. Les temporalit\u00e9s ne sont pas les m\u00eames : pour les habitants du parc naturel, la pr\u00e9servation de la c\u00e9draie et de sa biodiversit\u00e9 ne para\u00eet pas n\u00e9cessairement plus importante que les \u00e9ch\u00e9ances de la vie quotidienne : les besoins des enfants, les mensualit\u00e9s \u00e0 payer et les d\u00e9penses impr\u00e9vues. Du seul point de vue du temps, ces \u00e9ch\u00e9ances passent en premier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les politiques publiques environnementales ne peuvent se contenter de prot\u00e9ger la nature en substituant des revenus vertueux \u00e0 ceux issus de pratiques informelles ou pr\u00e9datrices. Elles doivent n\u00e9cessairement offrir davantage, afin qu\u2019il ne soit pas tentant d\u2019additionner ces diff\u00e9rentes sources de revenus plut\u00f4t que d\u2019en substituer une \u00e0 l\u2019autre. \u0152uvrer \u00e0 la pr\u00e9servation de l\u2019environnement a donc pour corollaire \u2014 sinon pour condition pr\u00e9alable \u2014 la n\u00e9cessit\u00e9 de lutter efficacement contre les in\u00e9galit\u00e9s. Le fardeau des politiques environnementales est n\u00e9cessairement double \u2014 et leur budget devrait donc l\u2019\u00eatre \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Jean-No\u00ebl Ferri\u00e9<br>LAM, UMR 5115 CNRS, Sciences Po Bordeaux<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a><a href=\"https:\/\/ipora.africa\/news\/projet\/the-normative-embedding-of-environmental-evidence-controversies-surrounding-climate-change-in-africa\/\">https:\/\/ipora.africa\/news\/projet\/the-normative-embedding-of-environmental-evidence-controversies-surrounding-climate-change-in-africa\/<\/a>. This project is co-led by Yousra Abourabi (UIR Rabat) and Jean-No\u00ebl Ferri\u00e9 (CNRS Bordeaux).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Message cl\u00e9 \u2014 Les politiques environnementales ne peuvent se limiter \u00e0 prot\u00e9ger la nature contre les pratiques des populations locales. 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